Véritable star grâce à sa poésie unique et à son courage, la Rayssa Fatima Tabaamrant a su briser les tabous pour défendre l'identité amazighe.
Née dans les années soixante à Ifran dans l'Anti-Atlas (Sud Marocain), Fatima Tabaamrant a su s'imposer comme une figure emblématique du répertoire lyrique des Rways, ces chanteurs itinérants qui rappellent à bien des égards les troubadours et trouvères du Moyen-Âge. Elle s'avère également être la première femme à avoir formé son ensemble dans un genre qui, jusque-là, était l'apanage des hommes. Enfant, alors qu'elle travaille la terre dans sa campagne natale, Fatima Tabaamrant s'éprend de la parole versifiée et chantée, ainsi que des danses collectives villageoises, « lieux » d'initiation des jeunes gens à la pratique artistique.
Mariée de force mais trop attirée par le chant et la danse pour tolérer le joug conjugal, elle quitte sa famille pour se lier avec de grands maitres de la chanson berbère, tels Raïs Jamaâ El Hamidi, Raïs Saïd Achtouk, Raïs Moulay Mohamed Bélfqih ou encore Raïs Lhaj Mohamed Demsiri.
Soucieuse de se frayer un chemin personnel, la rayssa-poétesse à la voix grave acquiert à la fin des années 80 une reconnaissance à l'occasion des joutes satiriques (tinddhamin). Son immense succès populaire tient à la profondeur de ses textes et aux thèmes d'actualité qu'elle ose aborder : la cause féminine, l'identité berbère ou tout autre sujet relevant de la critique sociale et morale de son temps.